« DE LA TERRE À LA VOIX,

                      voyage d’écriture à travers les quatre éléments. »

Mise en bouche : Dérouillons nos stylos et nos esprits avec un exercice en 4 fois 3 minutes d'écriture : dans un texte libre, nous inserrerons les 4 expressions suivantes

Les pieds sur terre

Au fil de l'eau

Tout feu, tout flamme

L'air

 

 

I Avant de commencer ce voyage, éclairez votre point de départ.

Les quatre éléments sont devant vous : la terre, l’eau, le feu et l’air.

Sans analyser votre choix, avancez vers celui qui vous appelle le plus aujourd’hui.

Puis, décrivez-le comme si vous vouliez le faire voir, entendre, toucher, sentir.

Faites-le vivre.

Puis seulement, demandez-vous :

qu’est-ce qui, en moi, reconnaît cet élément ?

Qu’éveille-t-il en moi ?

 

II  Vous venez de choisir votre élément.

Les trois autres, eux, ont très mal pris la nouvelle.

Chacun vous adresse une petite phrase.

Que vous dit-il ? (Par exemple : La Terre : « Tu finiras bien par revenir vers moi. » L’Eau : « Tu crois vraiment pouvoir m’échapper ? » Le Feu : « Ne fais pas semblant de ne pas me connaître. » L’Air : « Ne t’envole pas ! Pas trop loin ! »

Répondez-leur

 

Nita Le Pargneux

 

Les pieds sur terre

Au fil de l'eau

Tout feu, tout flamme

L'air

 

La glèbe colle à mes chaussures, je ne sais pas comment va se dérouler cet atelier.

Une épreuve ? Peut-être, un cadeau ? Oh oui ! Un cadeau !

Non ! Nita, ne rêve pas, garde les pieds sur terre avant de chausser tes semelles de vent !

Saisis-toi de cette argile, modèle là.

Avance ! L'homme qui marche est celui qui vit !

Au fil de l'eau, tu vas trouver ton envol : les sensations, les émotions vont surgir, tu vas aller vers plus de toi-même, plus de vérité.

Tes sens vont t'emmener, tu grandis, regarde !

Attention ! Ne te laisse pas emporter. Tout feu, tout flamme, sache modérer tes élans, ton exaltation pour qu'ils ne soient pas vains et qu'ils ne t'emmènent pas trop loin sur les chemins de traverse…

Alors ton envol te portera là-haut, où le soleil luit, où la lune reflète, où courent les nuages.

Tes poumons se rempliront d’air… De l'air riche et vivifiant qu’à ton tour, tu répandras autour de toi…

L'air se partage…

L’air peut devenir parole,

L’air peut devenir amour

 

 

EAU

 

Eau, tu m’enroules et me berces, tu m’épouses et me noies !

 

Océan infini à en perdre la vue

Bras de mer enveloppant, bras de mère protecteur

Violente vague m’agresse puis viens me lécher les chevilles

Mer tu m’effraies et me combles,

je nais de toi, je t’aime

 

Rivière enchanteresse, tu coules sereinement

Âme du paysage, tu m’emportes avec toi

Au rythme de tes flots, grand fleuve majestueux

Je voyage et découvre les deux rives de moi

 

Source, tu éclos, neuve, pure, timide et fraiche

Torrent tu dévales de tous les cieux du monde

Cascade, tu virevoltes et te perds en éclats

Cataracte, tu noies les gouffres de nos peines

 

Vapeur, nuages vous montez vers les cieux

Vos dessins imaginent des mondes irréels

Mon rêve devient tangible, je touche l’absolu

Avec vous, tutoyant les anges, je m’envole au très haut

 

Goutte, perle de rosée, si frêle et pourtant lourde

Tu as le poids du temps, tu scintilles puis tu meurs

Pluie divine tu nourris en rideau nos jardins intérieurs

Et toi orage lourd, tu apaises l’angoisse

 

Glace, givre, frimas, ô neige bien aimée

Tu couronnes les cimes, et éclaircis le gris

Tu allèges le monde, enlumine les êtres

Et tu combles ma soif d’immatériel espace

 

Larmes, diamants bruts de joie, pépites de chagrin

Quand vous coulez, ô larmes, mon corps exulte enfin

Et mon être rejoint le nid de ma naissance,

Liquide nourricier source de mon existence

 

 

 

Denis Bataille                                                                                                                                 5 octobre 2026

Les pieds sur terre

Autrefois, il n’y avait pas plus sensé que moi, plus rationnel que moi, j’ose le dire, plus matérialiste que moi.

Foin des « peut-être que ? » ou « ne pourrions-nous pas ? »

Non, les choses sont comme elles sont et basta ! Tous le disaient : «  Robert lui, il a les pied sur terre ! »

On pourrait penser que, le temps coulant, au fil de l’eau, j’aurais pu perdre les certitudes. Non, l’eau paresse, se tord. Moi je traçais ma route, droit devant !

Il ne faut tout de même pas confondre vitesse et précipitation. J’avançais certes, mais je ne fonçais pas droit devant, tout feu tout flamme, sans regarder où je posais les pieds…

Mais voilà, le temps passe… J’en ai fait des pas. Toute chose a une fin, et le moment est venu pour moi de jouer les filles de l’air.

Voici le bout du chemin. Six pieds sous terre.

 

Terre

Je suis.

De mémoire d’humanité, j’ai toujours été.

C’est ce qui me distingue des trois autres et de leur impermanence. L’une gèle ou s’évapore, l’autre meurt si le troisième – insaisissable, partout et nulle part en même temps – vient à manquer. Moi, je suis là. J’étais là avant les autres. J’y reste.

« Ma jeunesse ne fut qu’un ténébreux orage, traversé ça et là par de brillants soleils ». Personne mieux que le poète n’a décrit mes jeunes années. Elles sont bien loin ces années, mais, pour être vieille, je ne suis pas morte. Au contraire. Je participe aux mouvements perpétuels – j’écris ces mots au pluriel - , mouvements des astres et des planètes dans la mécanique du ciel. Mouvements des êtres vivants dans la mécanique de leurs destins.

Tout mon être même n’est que mouvements apparemment immobiles. La lente fermentation des laves qui bouillonnent en mon sein et parfois jaillissent ; la longue sédimentation des êtres vivants qui naissent, croissent et retournent à la terre.

Et puis, j’ai mille visages, rieur avec la douceur du sable au soleil des plages, implacable dans la cruelle beauté de mes montagnes.

Pour toutes les créatures qui vivent sur moi, dans moi et bien souvent, de moi, je suis terre d’accueil, de peines, de joies, et pour finir, de repos éternel. 

 

 

Jean-Louis Dupas

 

       LES PIEDS SUR TERRE

       La tête dans les nuages

       Le ver de terre

       Se dresse tel un sage

 

       AU FIL DE L'EAU

       Et à pieds secs

       De la pointe de son javelot

       Le héron cogne du bec

       

       TOUT FEU TOUT FLAMME

       Brandissant son oriflamme

       Prudemment il va de l'avant

       Déployant son drapeau blanc

       

       Le sage ver de terre

       Aspire goulument DE L'AIR

       N'a t'il pas vu mon drapeau blanc

       Ce héron ne manque pas d'air

       D'un coup de bec

       Il gobe le ver de terre

       Qui pourtant était bien sage

 

"De la terre..."

 

           Les quatre éléments seront tout au long ce cette année les étapes d'un chemin.C'est en tout cas la proposition qui nous est  faite.

   Je préfère aborder le sujet différemment et y voir plutôt les étapes d'un voyage, d'un voyage que j'aimerais faire sur un chemin de terre.

Cheminer est plaisir, plaisir des sens, plaisir du corps. Cheminer me fait cheminot, m'ouvre l’horizon, limite naturelle de mon champ de vision à chacun de mes pas et qui recule avec eux. Je me laisse submerger par les ondes telluriques qui me traversent 

et me relient au cosmos en nourrissant mon énergie vitale. Mes ancêtres, jusqu'au paléolithique, ont parcouru la terre en tant que planète jusque dans ses moindres recoins, vivant alors en chasseurs-cueilleurs  religieusement respectueux de ce qu'on appelle

"la nature". Leur sédentarisation progressive fut peut-être les germes des catastrophes actuelles.

Je vois donc la terre comme un voyageur, à la manière de Jacques Lacarrière et nombre d'autres marcheurs. Je comprends très bien le concept de terre en tant "qu'élément" mais plutôt que dans la terre je préfère m'ancrer dans le temps et rester nomade en jetant un poignée de terre aux quatre vents.

 

 

Jean-Philippe Defer                                                                                                          octobre 2026

 

« De la terre à la voix, voyage d'écriture à travers les quatre éléments »

 

Les pieds sur terre/Au fil de l'eau/Tout feu tout flamme/De l'air !

 

Quand ses parents l'avaient vu pousser à l'adolescence, ils s'étaient demandé inquiets jusqu'où ça irait. A 17 ans, il mesurait déjà 1,95m et chaussait du 52 ! Pour embrasser ses petits parents, il devait se plier en deux. Et comme il passait son temps libre dans un club d'astronomie l’œil collé au télescope à observer des planètes lointaines et scruter l'infini de l'univers, ils se demandaient si la tête dans les étoiles, leur fils avait toujours les pieds sur Terre.

 

Après un bac scientifique obtenu brillamment, il opta pour de longues études en astrophysique, avec l'espoir qu'un jour il ferait partie d'une mission envoyée vers la station spatiale internationale. Au fil de l'eau, il commença à animer le week-end et sur ses vacances un petit club d'astronomie. Son public passionné était constitué d'autant d'amateurs éclairés que de néophytes tout feu tout flamme. Lors de la soutenance de sa thèse sur les variations des échanges gazeux dans les galaxies, il fut remarqué par un éditeur qui lui proposa de la publier in-extenso dans une revue internationale spécialisée. Restait pour lui à en modifier quelque peu la forme et de proposer un résumé pour un magazine de vulgarisation. Après mûre réflexion, il adressa son article intitulé : De l'air ? Des gaz ! Diazote, dioxygène, argon, dioxyde de carbone...

 

 

 

I. Point de départ, faire voir, entendre, toucher, sentir, vivre l'élément qui nous appelle

 

Selon un mythe ancien rapporté par un ami conteur, un dieu qui après avoir créé le monde commençait à s'ennuyer décida un jour de donner naissance au premier homme. Il se rendit près d'une source d'eau fraîche et se baissant, ramassa une simple poignée de terre. S'approchant alors de l'eau, il l'humidifia et façonna de ses larges mains un petit corps d'argile. Ce dieu le modela, dit-on, à son image, debout dressé sur deux jambes fuselées, muni de deux bras grêles terminés par de fines mains, le tout surmonté d'une tête blafarde couverte de cheveux. D'un simple élément naturel auquel il lui plut d'insuffler la vie, naquit une longue lignée d'hommes et de femmes qui croisèrent et se multiplièrent jusqu'à peupler toute la surface du globe.

 

Au travers de cette légende, j'aime l'idée que nous sommes les descendants de ce premier homme, ébauches encore meubles, que nos corps soient constitués des mêmes atomes que tout ce qui nous entoure sur cette Terre. Notre lieu de naissance nous attache à un point précis de la surface de notre planète et nous poussons en grandissant comme chaque animal, chaque plante, chaque arbre, les pieds sur ou dans la terre.

 

J'aime la terre de mon village, celle des champs de blé, celle du potager familial qu'on travaillait au fil des saisons, celle des chemins de nos promenades, celle qu'on creuse pour y déposer le corps de celles et ceux qui sont arrivés au bout de leur voyage, j'aime la terre collante aux bottes les jours de pluie, la terre fendue en automne par le soc luisant de la charrue, la terre d'été réduite en poussière glissant entre les doigts, la terre utilisée comme liant entre les pierres des maisons, la terre cuite des briques et des tuiles des toits. J'aime la terre, ma terre, celle de mes pères et mères.

 

 

 

 

Joëlle Jarrige                                                                                                         5-10-26

 

DE LA TERRE A LA VOIX

 

Je touche l’eau,

Ma main caresse son bleuté

Mes yeux fixent les vagues déchainées

Dans un horizon vertigineux,

Je tâte l’eau,

Elle est fluide et froide,

Lourde à fendre pour mon corps roide

Plein d’un désir hasardeux.

Je glisse entre deux eaux,

L’eau silencieuse des abysses

L’eau bavarde des ruisseaux,

Je voyage entre deux eaux,

L’eau sombre des océans

L’eau cristalline des sources.

Je plonge en elles,

Qu’elles soient noires ou claires,

Je les écoute,

Je les recueille,

Je ne suis plus cet être de poids,

Je ne suis plus qu’une algue portée par la houle,

Je ne suis plus qu’un souffle bloqué par la beauté,

Un corps bercé par les ondes tumultueuses,

Un regard figé dans un ruissellement.

L’eau adoucit mes mystères,

Enveloppe mon être dans un suaire vivant,

Je renais,

Je m’accroche,

L’eau, bouée de ma route.