DE CHAIR ET D'ENCRE...
Le corps avant le mot
Joëlle
3 – 02 - 2026
DE LA CHAIR A L’ECRITURE :
Une danse improvisée dans une chambre trop petite
La musique résonne en son corps, les pulsions battent le rythme de son sang, le cœur explose de couleurs. Elle n’a plus le discernement pour s’arrêter, elle virevolte, jette une jambe sur l’assise de la chaise, l’autre prend possession d’un espace libre sur le bureau.
La chambre est si petite qu’elle ne peut faire plus de trois pas sans se cogner à un meuble.
Elle se livre à la musique et retient le flot de sa propre sonate. Elle danse avec son corps le printemps de sa vie, la force de son sang qui l’étourdit. Sa tête bouillonne de projets, elle les dessine sur le mur, de ses pieds nus.
Une pirouette sur le lit l’exalte, et, surprise, elle entend le rugissement de ses tripes, la houle qui monte par son œsophage, le déferlement qui envahit sa bouche, se heurte à son palais et cavale en cris joyeux, enfantins, puérils, mais gracieux, convaincus de leurs beautés et de leurs pouvoirs, un cri de vie, d’amour, une puissance d’espoir, une incarnation de vie naissante.
Le cri s’ajuste à la musique, il s’apaise et rebondit, il n’a pas encore audible, mais déjà syllabes d’un nouvel abécédaire qu’elle veut vivre.
Quand le morceau s’arrête, son corps s’affranchit du mouvement, seule sa main s’agite encore, elle saisit le crayon et trace ses premiers mots. Comme sa danse l’instant d’avant, ses calligraphies s’arrondissent, bondissent, tournent et tressautent.
Au bout de la phrase, le point lui ouvre l’avenir.
Nita LP.
Mal-être
Mon coeur bat trop fort, goût amer dans la bouche, tête en vrac ! Que se passe-t-il ?
Le ciel va me tomber sur la tête, j’ai presque la nausée. Une image me traverse les yeux, elle vient de loin, le regard haineux me fixe, le visage est glabre, la bouche s’ouvre et se ferme violemment, la peur me glace. Le mal-être envahit mon corps entier, ma respiration est courte, saccadée, comme si d’un coup elle allait s’arrêter. Mes mains sont moites et une sueur froide perle sur mon front, tout est confus, lourd, indicible. Je dois m’asseoir, bouger, sortir de ce mauvais moment.
Un silence d’acier tranche ma pensée, mutile mon cerveau. Mes lèvres s’ouvrent, j’essaie de crier, de hurler mon désarroi, aucun son ne sort, cercueil fermé, tombe muette, le sang s’est retiré de mon être ; suis-je morte ? Rien qu’un vide abyssal, un blanc absolu. Plus aucun souffle, l’air me manque, mes oreilles bourdonnent. Aveugle, plus de repères, plus d’images. Blanc, blanc, le vide.
J’arrive enfin à déglutir, la salive coule dans ma gorge desséchée, un déclic derrière le tympan libère mon souffle, l’expiration est plus lente, ma respiration retrouve un rythme régulier. Mes lèvres s’entrouvrent, un soupir léger, presqu’inaudible sort de mon être, mes épaules retombent doucement dans un geste d’apaisement. Ma gorge se dénoue. Lentement, des images réapparaissent devant mes yeux, elles se succèdent dans un ordre qui semble vraisemblable. Je réalise enfin ce qui m’arrive, et m’entends murmurer des mots encore incompréhensibles, je force un peu ma voix, oui, des mots arrivent, se pressent à ma bouche, me libèrent…
Ma main tremble d’émotion, vite, noter, décrire, écrire ce qui m’inonde maintenant.
Le visage sinistre qui m’agressait se dilue sur la page blanche, l’encre dit ses yeux effrayés,
Le crayon trace seul son sourire inquiétant, le rictus devient signe sur le papier. Ses intentions s’étalent désormais en caractères précis, fourmis noires sur la blancheur du papier, je respire, je souffle mon corps se détend totalement.
Voilà ! Je suis libre !
Les mots ont effacé mon rêve.
Créez votre propre site internet avec Webador