Atelier 8  MYTHOLOGIE

 

 

 

 

Joëlle J.

 

Les bras de Morphée :

Dans les bras de Morphée, elle voudrait s’assoupir. L’enfant pose sa tête sur celle de l’ours en peluche de taille presque humaine. Ses cheveux blonds s’étalent sur les rondeurs, douces, veloutées et se mêlent à la pochette cousue sur le ventre. Elle y glisse la main, il y a là le mouchoir à carreaux, sacralisé en doudou réconfortant.

L’autre bras enserre l’épaisseur de ce compagnon et lui tient la patte. L’un et l’autre s’étreignent. Dans le profond abandon de la pose, les frémissements d’un soupir, secouent tendrement la petite. Elle rêve ! Et son visage reflète déjà l’expression d’une attente, un tourment incompréhensible à cet âge que l’on dit innocent.

L’enfant parfois cille dans son sommeil et l’espace d’une micro seconde, on retrouve dans l’iris des yeux, les couleurs de son imagination.

Elle ne dort pas vraiment. Elle fait corps avec son ami de velours. Elle lui susurre ses désirs, ses chagrins. Elle lui parle de ses peurs, de ses amours. Elle le prie d’être là, toujours.

Ses bras potelés par la bonté de ses premières années, s’affinent déjà. Ils s’accordent à ce nouvel univers que des perceptions récemment acquises amènent jusqu’à elle. Elle étreint plus fort encore l’image d’un bonheur, mais dans sa conscience, des représentations plus sombres naissent et parsèment son front de légères tensions.

L’enfant est devenue plus grande que l’ours. Elle s’affale toujours sur la peluche, dans les bras duquel elle recherche la fraicheur de son enfance. Ses rêves sont moins purs, les désirs et les craintes plus emprunts de relations complexes dont elle peine à maitriser le flot. Elle glisse vers cet âge, où l’ours ne sera plus le compagnon essentiel, le refuge de toutes émotions. L’abandon de la pose, le relâchement de l’expression derrière les paupières hésitent entre l’enfance et l’envie de tendre la main vers d’autres réconforts.

 

31-03-2026

Jeanne – Mars 2026

Thème : Expressions de la Mythologie

 

Dans le sombre grenier, au fond d’une malle poussiéreuse, j’ai trouvé un vieux parchemin poussiéreux. Les mains tremblantes, je le dépliais pressentant que la malle que je venais d’ouvrir pouvait déclencher une série de catastrophes (boite de Pandore).

Mon grand père, dans un dernier souffle avant de mourir, m’avait parlé de l’arbre généalogique familial, fruit de ses recherches longues fastidieuses qu’il avait complété dans son vieil âge dans un effort surhumain (travail d’Hercule).

Il m’avait dit l’avoir enterré au fond du jardin afin qu’il soit effacé à jamais dans les limbes de l’oubli (les limbes).

En dépliant ce vieux parchemin je ressentais un danger permanent suspendu au dessus de moi (Epée de Damoclès).

Et si le plan dessiné sur ce parchemin était le repère, la clef pour résoudre l’énigme de ce secret (fil d’Ariane).

Pourquoi n’avait il pas détruit ce parchemin dans les flammes destructrices (flammes de Vulcain).

Les mains tremblantes, j’étais face à moi-même, conscient que ma vulnérabilité pouvait m’être fatale. (talon d’Achille).

Et si au contraire ce parchemin menait à un trésor enfoui (richesse Toucher le pactole)

Gérard B.

Icare et le pouvoir (mars 2026)

L’ivresse du pouvoir le rend indestructible. En tout cas, il le pense. Les Dieux l’ont mis là pour réaliser des choses extraordinaires. Pas besoin d’ailes. Ses nobles désirs, ses belles pensées, ses formidables projets lui donnent tout pouvoir. Il va régner sur le monde. Non, il règne sur le monde, il le domine. Les obstacles ne sont que fétu de paille. Il a toujours su comment il fallait faire. Aucun conseil d’où qu’il vienne ne le dissuade. Il est le seul à avoir la solution, la bonne solution. Pour cela d’ailleurs ont doit lui remettre une médaille. La plus belle et la plus grande des médailles. Il a le pouvoir d’être le soleil. Non, il est le soleil. Le plus grand et le plus beaux des soleils. Il éclaire le monde, le réchauffe, le nourri, le rend plus beau, plus grand, plus sûr. Toute affirmation contraire est fallacieuse. Ses rayons brulent et éliminent ou rejettent dans l’ombre celui qui s’oppose à ses actions.

Nita LP

 

ICARE

 

La réussite du projet m’emporte de tout son élan !

La joie m’élève, je flirte avec les oiseaux, je courtise les nuages, je plane au-dessus de ma vie !

Oui ! Ils ont dit oui !

Tant et tant d’heures de recherche, de patience pour trouver l’idée fertile, le mot juste, le rythme fructueux ; tenter d'exprimer le non-dit, l’inconscient, l’indicible… Mettre en mots un ressenti, une  sensation, un concept…

D’ailleurs pourquoi accepter, provoquer même ce qui peut devenir une torture ? Accepter de se faire mal en allant au plus intime pour y trouver l’essentiel.

Passer du brûlant passionnel au glacial paralysant à chaque phrase écrite, défaillir de bonheur ou d’impuissance ;  s’enthousiasmer ou se dégoûter… jamais de paix, inconnues la sérénité, la satisfaction du travail achevé, insidieux le doute : et si … mais si…

Plus fort que soi : le désir ardent de bien faire, le vertige de se sentir ailé dans le projet mais tout à coup la chute, l’effondrement : non, je n’y arriverai pas !

Recommencer, continuer parce qu’au fond, c’est là que se trouve la vie, la vraie vie !

Puis un jour, au bout d’un chemin : la reconnaissance…

Oui ! Ils ont dit oui ! Accepté par le comité de lecture !

Oubliés l’acharnement, la volonté, les difficultés,  être tout au bonheur du succès.

Se laisser porter ?

Des plages de quiétude, des océans de sérénité, des îles de bien-être…

La joie est si intense, on se laisse aller au vertige, voler, planer.

On se laisse ravir…

Attention, ravir, oui, bien sûr mais un instant seulement,

Un court instant car il ne faut pas se risquer à la fin du rêve ?

Ne pas se laisser prendre par un ravissement qui ferait sourdre le sentiment de fin, éclore l’ achèvement précoce…

Après, ensuite ? L’histoire ne peut s’arrêter là !

Alors, se saisir du désir vertigineux des sommets, se faire alchimiste, transformer la fin en commencement et tutoyer les cimes…

 

 

    Jean-Louis Dupas

 

            Encore et toujours il faut que j'y retourne

        J'ai beau ne pas vouloir me presser

        C'est couru d'avance pur jus

        C'est certain ils veulent ma peau

        Et si je ne finis pas là

        Ce sera avec le canard du coin

        Coincoin

        Tout ce qui m'attend

        N'a rien de réjouissant

        J'en ai une peur bleue

        Je vais devoir faire Tintin

        Pour revenir à la santé.

        Orange Ô désespoir.

 

                                   II

 

        Il se pensait à l'abri

        Sagement rangé dans ce port bien abrité

        Il en avait connu des coups de vent

        Et des tempêtes

        Qui au cours du temps

        N'avaient fait que renforcer

        Ce voilier sagement rangé. 

        Il semblait imperturbable solidement amarré

        Non rien ne semblait pouvoir perturber

        Une existence si équilibrée

        Et pourtant, un jour comme un autre

        Un jour qui cachait son jeu

        Une vague taquine vint l'effleurer

        Une vague taquine vint le provoquer

        Je vais te faire découvrir des contrées inconnues de toi

        De nouveaux horizons que tu ne soupçonnes pas

        Des fruits savoureux

        Dont tu te gaveras goulument  

        Lui si sûr de lui se dit in petto

        Cause toujours tu m'amuses

        Nous allons faire une petite sortie

        La mer aujourd'hui est plaisante

        Et ce soir je rentre au port

        Mais insidieusement la mer peu à peu forcit

        Le vent se lève la houle s'amplifie

        Tant et si bien que sans l'avoir vu venir

        Il se retrouve en pleine tempête

        Force douze et même pire

        Lui qui croyait tout contrôler  

        Y laissa un mat et une partie de sa coque

        Tel un fétu de paille

        Balloté, emporté, fut sur le point de sombrer.

        Rien n'ai jamais acquis à l'homme 

        Ni sa force ni sa faiblesse. 

 

 

Jean-Louis Dupas

 

                     De sa flèche dérobée à Cupidon      

               Un jour où celui-ci était distrait

              Où pour tout dire il s'en foutait

               Orphée se fit un archet

               Et de sa lyre exhala le délire

              

               D'un amoureux éperdu

               D'une dulcinée elle aussi distraite

               D' une dulcinée qui le fait marcher

               D' une dulcinée qui le fait se retourner

               Il est des jours 

               Où Cupidon s'en fout.

               Icare qui passait par là

               Etait-ce vraiment par hasard

               Icare à tire d'ailes

               Sur les cendres encore chaudes

               Des espérances amoureuses orphéennes

               Souffle avec la plus grande ardeur

               Jouant par procuration les intermédiaires négociateurs

               Pour cet Orphée en route pour l'enfer

               A jouer à ce petit jeu

               Il finit par prendre feu

               La flèche de Cupidon s'en brisa

               La lyre s'enraya

               Et tout ce petit monde retourna à ses affaires.

               Il est vraiment des jours 

               Où Cupidon s'en fout.

 

 

 

Nita Le Pargneux

Pianiste

 

(Damoclès) Je la sentais cette épée au-dessus de ma tête : lourde, suspendue à un fil, menaçante et implacable, celle qui nargue les exaltés ! Pourtant, j’avais tant rêvé d’idéal, atteindre la perfection dans mon domaine (Icare), travailler, exercer mes doigts, sans relâche, jusqu’à ce qu’ils deviennent cascades sur le clavier, faire brûler mon coeur et ma sensibilité pour déverser des torrents d’émotions… et déclencher chez mon auditeur des sensations grandissantes, de plus en plus bouleversantes (Pandore) et passionnées qui le conduiraient à se défaire de tous ses maux… C’était un rêve en effet : j’avais idéalisé mon projet, et ne tenant pas compte de mes propres vulnérabilités (Achille), je travaillais jusqu’au supplice chaque heure de chaque jour (Tantale). Ma tâche se répétait,(Sisyphe) plus lourde chaque matin jusqu’à ce que, tombant de Charybde en Scylla, ma raison chancelle et qu’ayant perdu le fil de mon esprit (Ariane), ma passion m’amène jusqu’au délire…

Mon entourage me regardait sombrer, l’égide protectrice des miens ne suffisait plus, je ne me rassasiais pas, le fil cassa net, je fus englouti par mon désir à jamais inaccessible (Tantale)

 

 

 

Éveil inattendu d’un sentiment quand l’amour frappe un coeur imprévu

 

Se doutait-il ce matin-là, en allant au bois, que derrière l’églantine se cachaient de séduisantes épines ?

L’air était frais, vivifiant et enjoué… et lui, ouvert à la découverte des secrets des bois.

Elle marchait, elle aussi, le nez à la brise matutinale.

Tout à coup elle le vit, essayant de décrocher sa chemise prise dans les ronces. Il avait l’air maladroit d’un jeune chien. Cela l’amusa beaucoup. Défiant tous les risques de la rencontre d’un inconnu dans un lieu isolé, elle alla vers lui.

  • Vous avez besoin d’aide ? lui demanda-t-elle
  • Il releva la tête en ouvrant la bouche pour répondre.

Aucun son n’en sortit, ses joues s’empourprèrent, ses paupières se mirent à battre…

Sidéré, interdit, bouche bée…

Elle réalisa alors qu’elle avait affaire à un simple d’esprit, ce qui renforça son envie d’apporter son aide.

Il était là, médusé par ce qui ne pouvait être qu’une apparition. Un ange, une fée, la grâce faite femme…

Paradoxe de sensations : tout son être bouillonnait soudain alors qu’un grand vide noyait son esprit.

Il était emporté, ravi au septième ciel par cet archange chimérique, mais où donc était-il ? Baignant dans un flot de sensations irrépressibles, d’émotions inconnues, il ne pouvait parler, pris d’un mutisme impérieux qui le pétrifiait. Un mirage ? Peut-être était-il victime d’une illusion ? Il se sentait emporté, élevé dans un halo de grâce, nimbé d’une brume de félicité… plus rien n’existait, que cet envol extatique.

  • Doucement, ne tirez pas ! Vous allez la déchirer !

Mais de quoi parlait l’apparition ? Tirer sur qui ? Déchirer qui ?

- Il balbutia : Églantine, la fleur, elle m’a piqué…

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