ANITA GUILLEMIN

 

 

Saison libre

 

 

Je suis entrée dans l’urgence sans délicatesse

En poussant la porte de la saison libre

C’est par hardiesse que vient la liberté

 

A la saison libre

Je dîne à 16 h

Je dors à midi

Je sors à minuit

 

A la saison libre

J’ouvre ce livre par le milieu

J’oublie la préface

Et je raye les mots inutiles

Je me perds dans cette odeur de papier

 

A la saison libre

Je cours vers la mer

Nue comme un ver

Rhabillée par les flots

Et je parle aux bulots

 

A la saison libre

Je dors dans un hamac

La pluie s’émiette à la surface de l’eau

Je remonte mon duvet très haut

 

A la saison libre

Plus de calendrier

Plus d’agenda

Mes humeurs sont mes rendez-vous

 

A la saison libre

Le temps presse

La joie demeure

Profiter sans cesse

 

A la saison libre

Je grille au soleil

Sans crème étalée

Confiance en ma peau burinée

 

A la saison libre

J’écris en dehors des lignes

Des mots jetés

Au milieu des carnets abandonnés

 

A la saison libre

J’ai dévié les regards des autres

Les jugements qui condamnent

Les bien-pensants qui ordonnent

J’ai osé résister

 

A la saison libre

J’ai tourné mes attentions vers l’inconnu

Tenté d’apprivoiser d’autres cultures

Ecouté des murmures

Trop souvent oubliés

 

A la saison libre

J’ai mélangé le sel au sucre

La vie aux envies

L’alcool à l’eau

A la risée des conventions

 

A la saison libre

Je cours vers le uno

Je languis avec le lézard

Je danse avec le manchot

Je discute avec la carpe

 

A la saison libre

Naît aussi ma peur

Son intensité la rapproche de ma fin

Elle ne sera ni printemps ni été

Ni automne ni même printemps

Elle sera ultime saison

 

 

 

 

ABCEDAIRE

 

 

    D comme déesse

    Déjantée, déhanchée

    Démesure décidée

    Danse en liesse

 

    D comme démon

    Douteux et distingué

    Dans une dernière doléance

    Dilapide sa démence

 

    Démon dompté

    Déesse désirée

    Délice, se disent-ils

    Délicatement enlacés

 

    Démon et déesse

    Se délaissent

    Les dés sont détournés

    Les dommages définitifs

 

    Damnée déesse

    S’indigne le démon

    Tu me dilapides

    De toutes tes diatribes

 

    Dindon de démon

    Démissionne la déesse

    C’est ma dernière donne

    Fin de distribution !