SYLVIANE HÉBERT
Ma vie en une semaine, Slam…
Le lundi un jour salace
C'est un combat, une impasse
Que la vie est dégueulasse
Quand un crabe vous menace
Et prend toute la place
Le mardi est un peu moins morose
Bouger, respirer, il faut que j'ose
Mignonne, allons voir si la rose
Qui ce matin avait éclose
A échappé au sein féroce
Mercredi je te souris
Plus aucune grimace
Je passe, me dépasse, trace
Plus que je ne trépasse
Jeudi, je me trouve bien hardie, un colosse
Sans les pieds d'argile, un beau gosse
Me donne toutes les audaces
Quel doux moment ce face à face
Vendredi, c'est l'euphorie, la volte-face
Ateliers partagés ! La classe !
Samedi je me mets sur pause
Je pars dans un beau carrosse
Suivre la fée Carabosse
Loin de ce monde atroce
Dimanche n'est pas à sa place.
Je reste de glace
Sylviane
Acrobate de l’infini
Le chapiteau ne suffit pas à contenir la créativité des numéros de Sacha. Perché sur le toit du monde, son trapèze se balance sur cette musique tibétaine si envoûtante. Les chevilles accrochées au trapèze, le corps suspendu vers l’abîme ses bras oscillent dans un abandon total et balaient ce ciel majestueux que les cimes enneigées ne parviennent pas à toucher. D’un magistral coup de rein il se redresse et se retrouve debout sur la barre. Il domine ce paysage et accélère son balancement, il lui faut faire plus, les artistes doivent montrer du spectaculaire, le trapèze prend de la vitesse et Sacha s’envole dans un double saut périlleux pour atterrir dans la mer Rouge.
Il se retrouve propulsé dans une ronde joyeuse, les poissons clown et les poissons arc en ciel virevoltent autour de lui attirés par les myriades de couleurs de son costume de scène. Une baleine bleue curieuse, l’emmène sur son dos et le fait jaillir avec souplesse de ce milieu marin ; il se retrouve sur ce radeau vivant, jonglant habilement avec 3, 4, 5 quilles. Les tours et les pivots s’enchainent avec grâce, les objets virevoltent sous ses jambes, derrière son dos, et ce ballet rythmé de massues qui s’élancent toujours plus haut, enthousiasme la foule qui ne sait où poser ses yeux. Quelle dextérité !
Poussé par de doux alizés, le radeau accoste à la pointe de la Corne d’Afrique et Sacha qui retrouve la terre ferme se lance dans un numéro d’acrobatie époustouflant. Les rondades, flips, triples saltos avec vrilles alternent avec les sauts de mains, les grands jetés ; il exulte, il vole, pas besoin de trampoline, de bonds en rebonds il atterrira sur le plus haut sommet d’Afrique. C’est là que se déroule son exhibition préférée, le clou du spectacle, le numéro de voltige au plus haut des cieux entre le Mont Kenya et le Kilimandjaro. Sacha s’engage avec concentration sur ce fil qui relie ces imposantes montagnes. Le pied droit se pose délicatement, le gauche glisse et rejoint cérémonieusement le talon du pied précédent, le corps instable recherche l’équilibre, les bras s’accrochent à ce balancier pour atténuer les oscillations parasites. Le regard fier fixe l’horizon. Pas après pas, il progresse. Au-delà de la peur, Sacha trouve son équilibre intérieur. Quelle virtuosité dans ces déplacements, une pluie de bonheur et de couleurs tourbillonnent autour de lui dans ce soleil couchant où la lenteur devient l’apogée de la vie.
Les spectateurs sont captivés par cette performance risquée et magnifique, chacun retient son souffle et frissonne. Le vide est grisant ! Il sait qu’il risque la mort, sans filet pour se rattraper mais ce numéro de funambule lui permet de trouver la stabilité dans l’instabilité et la grâce qui en émane le propulse dans les étoiles.
Sylviane Hebert
Nous prendrons le temps de jouer…
Seuls au milieu du lac, dans le silence du petit matin, ils glissaient en parfaite harmonie.
Leurs pagaies fendaient l’eau doucement, en cadence, dessinant un sillon d’ondes scintillantes.
Ils ne se parlaient pas, envoutés par la beauté du paysage, les premiers rayons du soleil venaient à peine de franchir les montagnes enneigées de la Cordillère Royale et réveillaient les jolies nuances de bleu à la surface de l’eau.
Tout ici respirait la paix, le calme, la sérénité.
Cette sérénité, ils étaient venus la chercher très loin, au bout du monde, au milieu de ce lac Titicaca.
Cela s’était avéré une nécessité, un besoin viscéral, une survie pour tous les deux.
Je m’appelle Zoé, j’ai poussé mon premier cri à 8 mois.
« Un beau bébé pour une prématurée, s’exclama la sage femme, cette petite fille était pressée de venir au monde ! »
Pressée, je ne l’étais pas du tout en fait. Quelle force m’avait précipitée hors de ce nid maternel si douillet ? Je contemplais, étonnée ces gens qui s’affairaient autour de moi, me réchauffaient, me dorlotaient avec des gestes affectueux. « Serais ce cela ma vie ? » Cette douceur permanente, ce monde chaleureux où l’on prenait soin de vous.
Cela valait la peine d’être venue sur terre.
Mais très vite, je déchantais. Je m’étais imaginée jouir intensément de chaque minute, alors je prenais mon temps, dégustant tranquillement mes biberons au grand dam de mes parents qui pestaient contre ma lenteur.
C’est un fait, j’étais lente, anormalement lente…
J’entends encore ces phrases assassines qui bousculaient mon quotidien :
« Accélère » « Dépêche toi, tu vas encore être en retard » « Mange plus vite ! »
Et combien de fois me privait on d’une tâche, en me disant « Bon, je vais le faire à ta place, sinon on est encore là demain »
Il fallait toujours se presser, une vraie frustration. Et je répétais inlassablement à mes parents : « Mais je n’ai pas eu le temps de jouer ! » Le temps dévorait mon enfance.
Il y avait un domaine où j’étais rapide, la course à pied. Sur une piste d’athlétisme, je battais des records de vitesse. En me confrontant au temps, je menais une bataille contre moi même, quoi de plus normé, courir contre un chrono, cette division du temps en millième de seconde, je gagnais mon challenge, je n’étais plus l’esclave du temps.
C’est en pratiquant ce sport que je rencontrais Arthur. Lui aussi courait.
Arthur n’était pas comme les autres garçons de son âge, il me fascinait. D’un naturel jovial, sympathique, il était hyperactif, il ne savait pas s’arrêter une minute. Il allait vite, comprenait vite, réalisait vite et bien, quand il fallait m’appliquer, me concentrer.
Quand nous nous affrontions à l’entrainement, nos objectifs étaient très différents « Je veux être le premier, il n’y a pas de place dans notre société pour les derniers. Le monde va vite, il faut être prêt à l’affronter, l’entrainement m’y aidera. Je veux gagner » disait il.
Moi je courais pour le plaisir de me sentir vivante, j’étais grisée par cette vitesse, ce contrôle sur moi même, et je me sentais reliée au monde. Je savais que très vite nous serions dépassé l’un comme l’autre.
Je courais, il sprintait…
Une partie de notre adolescence se déroula dans cette ambiance sportive où malgré nos personnalités différentes nous nous entendions à merveille. Après le plaisir du sport partagé, vint le moment de se projeter dans le monde des adultes, celui des choix et de la compétition, ce qui me terrorisait. Peu à peu notre belle amitié, laissa place à un amour sincère.
Nous étions le yin et le yang !
Son énergie me nourrissait, ma lenteur l’apaisait.
Lui, le feu, moi la terre qui germe lentement …
Je l’admirais, j’aurais tant voulu lui ressembler. Tout était facile, évident pour lui.
Tout devait se gagner difficilement pour moi et au prix d’une grande discipline. J’aimais prendre mon temps, discuter, rêvasser, tout cela était difficilement compatible avec notre modèle social. Même si j’étais bonne élève, il m’était difficile de finir un contrôle aux examens, je n’avais jamais le temps de relire ma copie, la pression me freinait. Etre à l’heure à un rendez vous, était mission impossible, et le pire c’est que je détestais être en retard.
Et que dire de tous ces trains ratés, de toutes ces opportunités envolées ! J’avais beau faire des efforts, prendre des résolutions, une marge, sur l’horaire, je ne gagnais jamais ce combat contre l’horloge. La vie me bousculait trop, je ne vivais pas au même rythme que les autres, toujours en décalage, et cela me rendait malheureuse, mais je restais impuissante à maitriser le décor de ma vie. J’étais lente dans un monde qui va vite, et je n’avais pas hâte d’être précipité dans le futur.
Arthur s’accommodait de cette différence, il souriait et m’appelait sa petite tortue.
Au contraire de moi, il faisait vite et bien, tout lui réussissait. Ambitieux, il s’engagea dans des études de commerce qu’il réussit brillamment tandis que je poursuivais mon chemin, avec le flegme qui me caractérisait.
Je devins sylvo-thérapeute, ce métier me correspondait tout à fait : en captant l’énergie des arbres, en communiant avec la nature j’arrivais à gérer le stress, que me provoquait la vie sociale au quotidien.
Il accepta un poste de management avec de grosses responsabilités.
Nos chemins s’éloignaient.
« Tu verras me disait Arthur, nous allons avoir une vie riche et heureuse .Certes je travaillerai beaucoup, mais tu seras mon havre de paix ! De quelle richesse parlait il ? faisais je mine de le croire ?
Très vite, il fut pris dans un tourbillon, celui des gens qui ont « réussi » ,les esclaves de ces modes de communication rapides, un téléphone greffé à la main. C’était plus de travail, plus de réunions, plus de déplacements, de courts répits entre deux avions pour donner l’illusion d’une vie accomplie et assouvir cette mégalomanie. Il avançait vite, très vite, avide de profit et de réussite, sans se retourner, pas de place pour le doute, et s’arrêter s’avérait impossible sous peine d’être dépassé.
C’était sans doute cela son modèle de réussite, une vie bien remplie, pas une minute pour s’ennuyer, une vie en apnée où l’on oubliait de respirer, de regarder, d’aimer.
Je le voyais se métamorphoser, impuissante.
Notre complicité s’ébréchait. Il y avait quelques fausses notes dans notre concerto de l’amour, nous ne jouions plus sur le même tempo.
Comment pouvait il avoir envie de vivre, pressé comme un citron ? Qu’avait il à y gagner ? Ce n’était pas ma philosophie de la vie.
Encouragé par cette réussite fulgurante, il donnait toujours plus de son temps sans se soucier de la fatigue accumulée, afin de rester le premier, le meilleur à n’importe quel prix.
Ce prix ce fut d’abord celui des somnifères, pour tenir le rythme imposé et supporter le surmenage.
Puis l’alcool vint renforcer, l’action des anxiolytiques pour vaincre le stress de ne plus être à la hauteur. Dans ce métier de sauvage il fallait toujours se battre, convaincre et se battre de nouveau.
Comme il l’avait pressenti, son expérience de compétiteur, l’aida à tenir le coup un peu plus longtemps qu’un autre. Il avançait envers et contre tout, sans s’apercevoir que je ne suivais plus .
Il avança tellement vite qu’il tomba de haut, très haut, ce fut la chute, brutale. L’épée de Damoclès qui s’abat tranchante. Il n’arrivait plus à suivre le rythme, manquait d’efficacité, d’autres produisaient des projets qu’il ne pouvait plus créer, anéanti par la fatigue.
Il était rattrapé, dépassé, en plein épuisement professionnel. Le temps jouait son œuvre.
Je le retrouvais un matin, le regard absent, hagard, abattu.
Son ambition, son modèle de vie s’écroulait, habitué à être le premier, à briller, sur un stade comme au travail, il était anéanti. Quelle désillusion ! Le meilleur gagne, certes, mais combien de temps est on le meilleur ? Il n’avait pas su faire la part entre le temps de travail et le temps de vie qui est à relativiser.
Etre lente offre un avantage incontestable, celui d’être ancrée dans le moment présent. .
Arthur était à bout de forces, sa vie s’écroulait, mais sa vie n’était que survie au profit de son égo, balayé par le temps.
« J’ai tout perdu ! » « Il te reste moi ! »
Comment lui faire accepter ce cuisant échec à ses yeux, cette impasse dans laquelle, il se trouvait, il fallait lui montrer qu’un autre monde invisible à ses yeux, pour l’instant était possible, qu’il devait ralentir, et changer. C’était vital pour lui et pour notre couple. Partir à la reconquête du temps.
Aucun bruit ne venait perturber le kayak qui avançait sur ces eaux calmes de ce lac mythique.
C’était un moment magique qu’ils partageaient, quand la nature sublime vos rêves les plus fous et vous aide à panser vos blessures.
En cadence, Ils ramaient vers leur destin, vers ce lieu chargé de mystère et d’intensité, l ’ile de la lune où ils étaient attendus.
Zoé avait convaincu Arthur de venir chercher la réponse à ses questions existentielles, en tentant cette expérience chamanique.
Ils étaient pleins d’espoir, mais inquiets par ce qui allait se passer.
Ils pénétrèrent dans la hutte où devait se dérouler la cérémonie, avec un peu d’appréhension. Tout d’abord, ils ne distinguèrent rien tant il il faisait sombre et quand leurs yeux s’habituèrent à la pénombre ce fut le choc, une masse impressionnante se tenait devant eux .
C’était une forme humaine, revêtue d’un costume noir foisonnant de plumes de couleurs sombre et d’une collerette blanche à la base du cou .Une coiffe rouge sang, surmontée d’une grande crête et dotée d’un bec puissant en forme de crosse, masquait le visage. C’était notre chamane, dont le costume évoquait ce grand rapace, le condor des Andes. A ses pieds, le tambour qui lui permettait de communiquer avec le monde surnaturel.
C’est avec un mélange de crainte, et de respect qu’ils posèrent leurs questions, et la Chamane prit la parole d’une voix gutturale.
« Notre terre vibre sur des fréquences de plus en plus hautes, tout s’accélère autour de nous ,nous invitant à nous connecter à notre essence profonde et ce qui compte vraiment pour nous. Vous avez fait ce chemin, jusqu’à notre ancienne civilisation Maya pour comprendre les mystères du temps.
« Toi Arthur, tu t’es fourvoyé. Tu t’es laissé bercer d’illusions, de pouvoir, loin de ce dénuement qui fait l’essence de l’homme Tu as confondu bonheur et possession, vitesse et réussite .Médite cette phrase de Lao Tseu : La nature fait les choses sans se presser et pourtant tout est accompli. En ne te respectant pas, tu as irrité les esprits qui t’ont mis à l’épreuve. Tu appartiens à l’univers mais tu ne sais plus où est ta place. Il va te falloir apprendre la patience, et à vivre dans la magie de l’instant »
« Toi Zoé, inadaptée aux contraintes du temps, tu es ainsi car tu as peur de la séparation. Chaque moment qui passe est un moment que tu veux retenir car le futur t’effraie. Tu es connectée à la nature, tu sais donner et recevoir, mais tu es née trop tôt. Il te faut faire confiance en l’avenir, t’aimer d’avantage et lâcher prise. Faire la paix avec ton rythme »
Vous rêvez votre vie au lieu de la vivre. Le temps des réalités est venu. Il est en mon pouvoir de vous réaxer si c ‘est ce que vous souhaitez vraiment, mais vous ne vivrez en harmonie que si vous allez à l’essentiel.
« Vous allez traverser le temps, passer dans une autre dimension, quand vous sortirez de cette transe, vous ne serez plus les mêmes, vous ressentirez paix et sérénité, le temps n’aura plus d’emprise sur vous »
La cérémonie du tambour débuta.
Vous aurez tout le temps de jouer…
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