Annie C.
29/9 Autoportraits
Album photos
- C’est moi à 6 ans, au sortir d’un cauchemar. Le mur est planté de portraits sévères bordés de noir.
Toutes ces têtes venues d’outre-tombe me scrutent, grimaçantes et menaçantes. Je hurle !
Ma mère arrive et la lumière chasse les fantômes et les ténèbres.
Toujours garder la lumière et chérir la vie…
- C’est moi à 13 ans, en tablier de pâtissière, très fière de mon plat d’œufs au lait, à la texture
soyeuse, juste dorés en surface, avec un filet de caramel blond qui se devine en bordure.
Très fière du partage à la table familiale.
« Pour une fois qu’on mange des œufs au lait, il fallait qu’ils soient à la pistache » lâche mon père.
Déconvenue…
- C’est moi à 8 ans, pas d’école. Dans mon refuge, ma chambre, j’ai construit une nouvelle cabane de
chaises et de tentures. Un coussin à l’intérieur et des livres choisis avec soin à la bibliothèque.
Un monde d’évasion, des destins fabuleux, la vie des autres.
Sortir de ce corps d’enfant où l’on ne décide de rien, où les mauvaises notes déclenchent des
tempêtes familiales, enfin être responsable de moi-même, de ma vie et ne pas écouter ma mère qui
assure : « profite bien d’être enfant, la vie est dure après ».
Il n’y a pas plus dur qu’être enfant. Ma mère avait tort !
- C’est moi à 17 ans, un beau matin, dans un semi-réveil.
Je vois une main toute ridée, flétrie, près de mon visage : MA MAIN !
Et soudain l’effroi, la panique, ça y est, je suis vieille et je n’ai rien vécu…
Tout au long de ma vie, cette image flottera dans ma mémoire, silencieux rappel de toujours goûter
le présent.
Eh oui, j’aurai vécu ! Et un beau matin…
- C’est moi aujourd’hui, dans l’atmosphère studieuse de l’atelier d’écriture.
Des bribes de paroles s’échappent de la salle voisine. Un rayon de soleil d’automne, le bruit des
crayons, les gommes, les feuilles qui tournent, cette chaude complicité porte ma plume.
Aujourd’hui, procrastination, je ne connais plus !
Au travail, ma fille, pas d’échappatoire, que le bonheur de créer et de se laisser porter…
« 5 minutes » nous dit Nita !
29/9 Interlude
Ma jolie, la plus belle de mon harem, mais quelle idée t’a prise ?
Accueillir en ton sein cette vermine sans nom…
Elle t’a pourri de l’intérieur.
Tu t’es ratatinée comme une vieille pomme.
Tu as perdu ta chevelure d’azur.
Quelle horreur !!!
Adieu !
Lettre d’adieu du soleil à la Terre
13/10
Minuit, l’heure du crime
Il n’était pas minuit
Et ce n’était pas un crime.
Pourtant, je suis marquée à jamais
Par ta disparition subite.
Je te croyais éternelle…
J’ai voulu remonter le temps,
J’ai pensé m’agripper à l’aiguille
Pour la forcer à reculer.
Un temps, j’ai cru y arriver,
En me cabrant de toutes mes forces.
Il m’a semblé retrouver ton parfum,
Tes cris joyeux, ton insouciance.
Du bout des doigts, je retrouvais la vie d’avant…
Mais non, ce n’était qu’une illusion.
Et le cauchemar s’est définitivement installé.
Maintenant que tu as disparu,
Que tu n’es plus qu’un lointain souvenir de jours heureux,
Tout le monde t’implore et te supplie.
Trop tard !
Liberté, liberté chérie…
Être ou ne pas être ?
Une si petite tête,
Deux grands yeux inutiles,
Un nez court ridicule
Et des dents inefficaces.
Pas bien fini, ce travail !
Pas gréé pour résister.
D’ailleurs la lignée s’est éteinte.
Elle s’est autodétruite, dit-on sous le manteau.
Une erreur de la nature.
La pêche aux idées
À la pêche aux idées
On est si souvent bredouille.
Tout à jeter, rien à garder.
Une mare vide
Où se reflètent les nuages.
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