ARIELLE PASTEAU
Les creux de l'âme
Je suis entrée dans le pays
de mon âme émue, tremblante,
la porte du silence, je l'ai poussée
avec tant de frémissements à l'âme
qu'elle ouvrit en même temps
cent autres portes insoupçonnées.
C'est par de soudains creux de l'âme
et, soudain, leurs envols inopinés
que gesticule la danse blanche
de mon âme déconcertée.
À la saison du silence,
du silence et de l'attente,
quand on attend le jour qui tarde,
encore tout habillée de nuit
l'étendue devient vaste et nue.
Moi je chancelle que tout soit tu.
Du passé la neige efface
des fracas toutes les traces.
Est-ce qu'avec le vent, la neige
peut effacer ce qui n'est plus ?
À la saison de grand silence
on attend le jour qui tarde.
L'espoir ne serait pas perdu ?
En cette saison où tout se tait,
sur l'eau noire mêlée de glace,
une barque, seule, abandonnée,
tangue.
Le silence et l'attente, exaspérés,
sans l'oser dire, n'en peuvent plus,
redoutent le doute et la déroute,
retiennent leurs feulements et leurs crocs.
Le temps va-t-il là se figer ?
Serais-je perdue et oubliée ?
C'est un mot qui m'affranchit.
Un mot, en tournant la poignée.
C'est un mot dit, sans être dit.
C'est dans un tout autre silence
que soudain, le souffle coupé,
tout m'est maintenant permis.
Je sens bondir en moi l'envol
qui m'emporte et m'émeut :
l'espoir étroitement m'enserre.
Son emprise agrippe mon ventre,
et d'un coup sec le déploie
jusqu'au grisant le plus lointain.
Dans mon âme mouvante,
émue de toute sa joie rassérénée,
douce soie rouge de coquelicot,
je suis entrée dans ce pays,
comme un éventail éployé.
C'est ainsi que je suis entrée
dans mon âme revenue.
Arielle
12 janvier 2026
Dans les chaos défaits.
Mon paysage s'émeut d'un jour qui se lève
dans l'ourlet transparent des feuilles tout juste ouvertes
et les crosses perlées des fougères déployées
se trouble d'une naissance secrète,
sans en dire un seul mot,
ni même un seul bruit d'ailes.
Mon paysage tient de l'âpre, de l'âpre et du tenace
dans des éboulements et des chaos défaits,
dans les roches foudroyées.
Se dressent, maintenant, en arthritiques suppliques
des mains, blanchies d'un lichen âcre,
vers un ciel qui se tait.
Mon paysage joue, reflets et faux semblants.
Et surgissent, facétieux, de l'erg rugueux et noir,
les éblouissements d'un sel pur de cristal
amassé dans le creux de fossiles qui s'effritent.
Mon paysage est du tendre. Est du tendre, peut-être.
De la mousse que l'on foule dans un air doux et lent,
confiant et mystérieux.
Là où résonne en vibrant un chant silencieux.
C'est le détal, soudain, d'un animal
jusqu'alors invisible.
Roux et vif. L'œil humide de toute l'attente du monde.
Mon paysage s'étonne, orné de ses akènes,
de ses bogues éclatées, de ses graines en spirales
de se voir encore, et encore, et toujours,
semé et ressemé, par lui-même engendré.
Mon paysage vit et rit, s'extasie.
Et de joie se repaît d'être partie prenante
de ce vivant élan qui l'émeut et le comble,
et règne là.
Et qui là, règnera de toute éternité.
Arielle Pasteau 6 octobre 202
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